Guide de survie à bord pour les marins pas du tout médecins
- jlmaral
- 21 juil. 2022
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 nov. 2025
MARIEHAMN III
Dr Laure Maral

Avertissement, préambule et introduction
Lorsque j’ai préparé le voyage au Svalbard, j’ai facilement pris conscience d’un potentiel accident dans une zone peu fréquentée et éloignée de tout. J’ai alors demandé à Laure (la fille de son père) de m’aider sur deux points :
Tout d’abord, de me simplifier la pharmacie du Dr JY Chauve, sommité de la médecine en mer, qui était conçue pour tous les cas possibles alors qu’il était extrêmement probable que nous n’aurions pas besoin de traitement contre le paludisme aux alentours du pôle nord. Exemple incontestable.
De me préciser par écrit comment faire certaines opérations qui hélas pourraient s’avérer nécessaire en milieu arctique isolé.
Dans mon esprit, il était tout aussi clair que j’aurais commencé par appeler un médecin avec l’Iridium (téléphone satellite) sur lequel j’ai toujours pris soin de conserver une heure de communication pour le cas où.
Le but de ce petit mémento n’est pas de vous permettre de vous substituer à un médecin qui a étudié et pratiqué les choses pendant ses neuf ans d'études, mais de mieux pourvoir gérer une urgence, éventuellement avec le téléphone coincé entre l’épaule et l’oreille pendant qu’on fait ce qu’on peut et surtout ce que le médecin dit de faire. C’est aussi de permettre de lire avant de partir, histoire de ne pas être tout à fait démuni le jour où un besoin est là.
La pharmacie comprend des substances très réglementées (alcaloïdes !) qui nécessitent à la fois une discussion préalable avec votre médecin et une prescription (ordonnance sécurisée) de ce dernier. Ces calmants ne doivent pas être administrés de la seule initiative du skipper, d’où l’importance d’un moyen de communication avec un médecin. Il est évident qu’il ne faut surtout pas les approvisionner pour une croisière en Angleterre ou Espagne au risque de devoir fournir des explications compliquées à des douaniers soupçonneux.
Dans tous les cas, je recommande vivement d’assister à une conférence du Dr JY Chauve. En plus d’être un très bon conférencier, c’est un marin et un médecin très compétent sur son sujet. Je me permets de le citer :
Un médecin peut vous faire faire des tas de choses par téléphone, mais il faut que vous ayez le matériel, les médicaments et que vous soyez prêt à le faire.
Idéalement, il faudrait pouvoir transférer le fichier pharmacie au centre de Toulouse ou au médecin qui vous guide.
Enfin, ce mémento n’est pas du tout destiné à être d’une lecture agréable. C’est un outil, clair et simplifié à l'extrême, pas un truc pour rêver ou pour découvrir des paysages. Si vous voulez des récits, allez voir mes autres articles (pardon on dit "post" dans le langage branché d’internet).
Il est conseillé de remplir les renseignements sur l'équipage au grand complet avant de partir. En bref, le jour où ça saigne fort et que vous ne saurez pas ce qu’il faut faire, il est possible que, malgré votre état d’émotivité, vous soyez encore capable de lire le fichier que vous aurez préparé au médecin que vous aurez au téléphone. Et il en aura besoin (le médecin). Dans ce but, avoir le document imprimé à bord est indispensable, en plus de l’avoir en edoc pour pouvoir le transférer si besoin.
Un organisme à connaitre : le CCMM - le Centre de Consultation Médicale Maritime - relié au CHU de Toulouse, accessible 24/24 et 7/7. Sur VHF, canal 16. Sur téléphone portable, 196, ou 32 ou 38 sur le réseau INMARSAT, et bien sûr par téléphone normal au +33 5 34 39 33 33. Notez qu'Immarsat ne marche pas à proximité des pôles. En bref, ce sont eux qui vous guideront quand vous ne saurez plus quoi faire.
Enfin, merci au Dr Laure Maral qui a bien voulu que je mette ça à disposition de tous sur le site du CNV.
En espérant que vous n’en n’ayez jamais besoin….
JL Maral
Janvier 2022
Table des matières
1. EQUIPAGE
a. Permanent
b. Temporaire
2. PHARMACIE DE BORD
3. PROTOCOLES
a. Traumatisme crânien
Évaluation de la gravité
Prise en charge
b. Infection urinaire
Définition
Réalisation d’une bandelette urinaire
Prise en charge
c. Brûlures
Classification
Localisations à risque
Prise en charge
d. Plaies
Généralités
Technique de fermeture
Suture au fil
Matériel
Technique
Technique nœud
Agrafe
Surveillance
4. UTILISATION MATERIEL MEDICAL
a. Garrot tourniquet
Indication
Pose
ATTENTION
b. Tensiomètre
c. Injections sous cutanée et intra musculaire
d. Reconstitution d’un antibiotique (ex : Rocéphine)
Matériel
Protocole
Rocéphine (1gr)
e. Utilisation ANAPEN
Vérification du médicament
Utilisation
EQUIPAGE
a. Permanent

b. Temporaire

PHARMACIE DE BORD





Remarques de JL Maral
Vous remarquerez que ce fichier est initialement un fichier Excel. Sur demande, le fichier est disponible. Il est en effet plus facile d'envoyer un fichier Excel au médecin que ces captures d'images. C'est aussi plus simple pour une mise à jour. Je n'ai hélas pas pu mettre ce fichier Excel sur le site pour des raisons techniques.
PROTOCOLES
a. Traumatisme crânien
Traumatisme crânien = TC = choc à la tête, y compris le visage

Évaluation de la gravité
TC léger si :
Pas de trouble de la vigilance : score de Glasgow > ou = 13
Pas de perte de connaissance
Pas de troubles du comportement
Pas de convulsion
TC grave si :
Trouble de la vigilance : score de Glasgow < 8
Déficit neurologique focal (perte de force d’un membre, difficulté à parler)
Convulsion
Vomissements
Perte de connaissance à distance du TC
Perte de mémoire au-delà de 24h post TC
Facteurs de risque liés au blessé :
Trouble de la coagulation ou traitement anticoagulant ou entiagrégant
>60ans
Intoxication alcoolique ou autres drogues
Tableau 1 : Score de Glasgow

Prise en charge
Surveillance 24-48h
Dans les heures et jours suivants, signes d’alerte :
Forte somnolence
Mal de tête important, prolongé
Nausées, vomissements
Engourdissement d’un membre, diminution de sa force ou de sa sensibilité
Difficulté à parler
Vision double ou trouble
Trouble de l’équilibre ou de l’audition
Écoulement de liquide clair ou de sang par le nez ou les oreilles
Signe d’alerte = consultation en urgence
b. Infection urinaire
Définition
Cystite = infection urinaire basse :
Pas de fièvre
Symptômes : brûlures mictionnelles, douleurs à la miction, urines troubles ou malodorantes
Bandelette urinaire : leucocyte + +/- nitrite +
Pyélonéphrite aigüe = infection urinaire haute :
Fièvre >38,5°C
Douleurs lombaires le plus souvent unilatérales
Symptômes : brûlures mictionnelles, douleurs à la miction, urines troubles ou malodorantes.
Bandelette urinaire : leucocyte + +/- nitrite +
Réalisation d’une bandelette urinaire
Lavage des mains à la solution hydro alcoolique. Au minimum à l’eau et au savon.
Recueil des urines à partir du 2ème jet urinaire sans toilette périnéale préalable dans un récipient propre et sec, non stérile.
Tremper complétement les zones réactives de la bandelette dans l’urine.
Tamponner le rebord de la bandelette sur une compresse pour éliminer l’excès d’urine.
Maintenir la bandelette horizontale pour éviter le mélange des réactifs.
Respecter le temps de lecture indiqué par le fabriquant.
Comparer les résultats obtenus à la réglette comparative.
Noter les résultats, l’aspect des urines (couleur, odeur) et la date-heure de l’analyse.
Prise en charge
Cystite = infection urinaire basse :
Pas d’obligation d’un avis médical
Antibiothérapie probabiliste en prise unique : MONURIL 3gr 1 sachet
Pyélonéphrite aigüe = infection urinaire haute :
Prise d’un avis médical
Antibiothérapie probabiliste débutée selon la distance d’un laboratoire et la tolérance du patient
Pas d’antibiotique sans l’avis médical
c. Brûlures
Classification

Plus c’est grave, moins ça fait mal !!

Localisations à risque
Circulaire des membres
Face (risque de gêne respiratoire)
Mains (risque de gêne fonctionnelle)
Périnée (risque septique)
Prise en charge
Mise à distance de l’agent responsable.
Retirer les vêtements en contact avec la peau lésée (découper aux ciseaux si besoin).
Mettre immédiatement la brûlure sous l’eau froide pendant 20 min (15 degrés) (diminue la profondeur de la brûlure, diminue la réponse inflammatoire, effet antalgique). Sauf si brûlures chimique ou électrique.
Pas de glaçage. Pas de traitement traditionnel. Pas de linge mouillé.
Désinfection à la Chlorexidine.
Si cloque > quelques millimètres : excision en la vidant avec une aiguille stérile, puis enlever la peau avec des ciseaux/bistouri stériles.
Couvrir les plaies avec des pansements occlusifs stériles (Hydrocolloïdes = DUODERM).
Réfection quotidienne des pansements (antalgique potentiellement nécessaire avant les soins).
Prendre des photos quotidiennes si loin de la terre.
d. Plaies
Généralités
Lavage des mains
Lavage à l’eau claire et au savon pour retirer les corps étrangers, le sang coagulé, les tissus nécrosés non adhérents
Rechercher un saignement actif
Pas d’indication à l’utilisation d’un antiseptique si le lavage à l’eau a pu être abondant
Si plaie sur une zone pileuse et que les poils gênent : couper les poils/cheveux. Pas de rasage.
Prendre des photos de la plaie
Toute plaie de la main, des doigts, d’une articulation doit être explorée par un médecin à la recherche d’une atteinte d’un nerf, tendon ou vaisseau
Avis médical obligatoire
Technique de fermeture

Suture au fil
Matériel
Compresses stériles
Fil à suture
Porte aiguille
Ciseau ou bistouri
Pince
Chlorexidine
Technique



Technique nœud


Agrafe
Lavage des mains
Mettre un linge propre sous la plaie

Ouvrir sur le linge plusieurs paquets de compresses stériles
Mettre une paire de gants stériles
Désinfecter la plaie en escargot sans repasser au même endroit avec de la Chlorexidine. Désinfecter l’intérieur par irrigation (utilisation d’une seringue stérile sans aiguille)
Retirer tous corps étrangers dans la plaie
Maintenir les berges de la plaie rapprochées grâce à la pince
Positionner l’agrafeuse perpendiculaire au plan de la peau
Agrafer la plaie en exerçant une légère pression sur la peau en allant d’une extrémité à l’autre de la plaie
Environ 5-10mm entre chaque agrafe
Nettoyage et pansement comme les sutures au fil
Surveillance
Consultation médicale si apparition :
couleur anormale de la plaie ou de la peau
douleur importante
odeur nauséabonde
écoulement de liquide, de pus ou de sang persistant
fièvre ou frissons
ouverture de la plaie
déficit de la sensibilité ou des muscles
Ablation des fils/agrafes

UTILISATION MATERIEL MEDICAL
a. Garrot tourniquet
Indication
Hémorragie externe de membre pour laquelle la compression manuelle avec ou sans pansement compressif est impossible ou inefficace (saignement abondant persistant).
Situations où la compression manuelle est impossible :
Amputation, arrachement de membre ;
Saignements multiples ;
Plaie hémorragique avec corps étranger ;
Nécessité de prendre en charge une autre urgence vitale ou un autre blessé.
Pose
La pose du garrot doit être situé à quelques centimètres de la plaie, même si celle-ci est localisée sur l’avant-bras ou la jambe de la victime.
Se protéger les mains par des gants à usage unique non stérile,
Allonger la victime en position horizontale,
Positionner la sangle sur le membre atteint,
Passer la sangle à travers la boucle du garrot,
Serrer la boucle fortement,
Verrouiller la boucle,
Tourner la poignée de torsion jusqu’à l’arrêt du saignement,
Positionner la poignée de torsion dans le crochet fixe,
Couvrir la victime d’une couverture de survie.
ATTENTION
La pose d'un garrot par un particulier doit se faire après avoir joint les secours
NOTER l’heure de pose du garrot
L’application d’un garrot tourniquet est toujours ressentie par la victime comme douloureuse. Seul but du garrot est d’arrêter une hémorragie et de sauver des vies
Ne pas retirer ou desserrer le garrot, même quelques secondes ; le desserrage doit être supervisé par le corps médical
Jamais poser un garrot directement sur une plaie ou sur une articulation
Garder le garrot visible et non recouvert pour être facilement repérable par les soignants
b. Tensiomètre
Prise de la tension en position assise ou allongée au calme depuis 5 minutes en dehors de toute situation d’urgence.

Unité de mesure : mmHg (millimètre de mercure)

c. Injections sous cutanée et intra musculaire


d. Reconstitution d’un antibiotique (ex : Rocéphine)
Vérifier la concordance entre la prescription et le médicament prélevé ainsi que le dosage.
Matériel
Flacon du médicament en poudre
Ampoule de sérum physiologique stérile
Compresses stériles
Aiguille
Seringue stérile
Antiseptique local (Chlorexidine)
Protocole
Se laver les mains
Oter la capsule métallique ou plastique du flacon à l’aide d’un porte aiguille si besoin (!! coupant)
Ne jamais enlever le bouchon en élastomère des flacons
Désinfecter le bouchon avec une compresse imprégnée d’antiseptique
Ouvrir les emballages du matériel (aiguilles, seringue)
Assembler la seringue à l’aiguille puis retirer le capuchon de protection de l’aiguille
Introduire l’aiguille dans l’ampoule de sérum physiologique sans toucher le col de l’ampoule
Aspirer le produit en tirant délicatement le piston : prélever le produit en retournant l’ampoule (ampoule en haut, seringue en bas) en maintenant l’aiguille immergée dans le liquide
Rassembler les bulles d’air en tapotant le corps de la seringue
Eliminer l’air contenu dans la seringue en la tenant verticalement (aiguille en haut)
Vérifier que le volume prélevé correspond dans la seringue
Introduire l’aiguille dans le flacon de médicament en piquant perpendiculaire dans le bouchon en élastomère
Injecter lentement le volume de solvant prélevé
Agiter doucement le flacon pour reconstituer le médicament sans retirer l’aiguille
Vérifier la dissolution correcte
Aspirer selon la technique précédente la dose prescrite
Oter l’aiguille du flacon
Aspirer un peu d’air, puis rassembler les bulles et purger la seringue
Rocéphine (1gr)
Préparation pour IM : 4ml sérum physiologique
Préparation pour SC : 3,5ml sérum physiologique
e. Utilisation ANAPEN
Uniquement sur prescription médicale

Vérification du médicament
Tourner la bague pivotante pour aligner les lentilles sur les fenêtres d’inspection de la solution
Vérifier que la solution est limpide
S’assurer que l’indication d’injection n’est pas rouge
Retourner la bague pivotante pour recouvrir les fenêtres d’inspection
Utilisation

Enlever le bouchon noir protecteur de l’aiguille en tirant fortement. Son retrait permet de retirer une gaine protégeant l’aiguille.
Enlever le capuchon gris de sécurité du bouton rouge déclencheur en tirant.
Appuyer fermement le dispositif sur la face externe de la cuisse puis appuyer sur le déclencheur pour entendre un "clic".
Si besoin, l’injection peut se faire à travers des vêtements fins.
Maintenir en position pendant 10 sec. Masser doucement le site d’injection.
Vérifier que l’auto-injecteur est passé au rouge. Si l’indication n’est pas rouge, recommencer.
Après l’injection, recouvrir l’aiguille de la partie large du bouchon noir protecteur.
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